Nicaragua

León, la révolutionnaire

Après 2 jours passés à Masaya, nous prenons la route pour León, LA rivale de Granada depuis tous temps. Pour ce faire, nous attrapons un collectivo sur l’axe principal reliant Granada à Managua (la « carretera Masaya-Granada »). On atteint le terminal UCA en à peine une heure. D’ici, on enchaîne avec un mini-van expreso pour León (70 córdobas/personne). Ils partent toutes les 20 minutes (même le dimanche), donc pas de stress !

On s’étonne du parfait état des routes, pas seulement sur cet axe, mais dans tout le pays ! La route est bitumée et nous ne perdons pas de temps là-dessus ! On arrive à León en 2 heures mais on doit encore marcher avec nos gros sacs à dos jusqu’au centre-ville.
On décline gentiment les (trop) nombreuses propositions de taxi et on se met en marche pour 35 minutes en mode petite tortue ! Cela nous permet d’avoir un premier aperçu de la vie locale de la ville. On retrouve les rocking chairs installées sur le palier des habitations. Des vraies commères ces nicaraguayens ! Une habitude de vie qu’on a découvert lors d’un voyage à Cuba et qu’on avait pas encore trop revue !

En outre, León étant LA ville rebelle du Nicaragua, celle qui a toujours été Sandiniste, contre vents, marées et autres persécutions dictatoriales, dans les rues, on retrouve les traces de ce passé militant, notamment grâce aux peintures murales. La plupart sont exposées près du Parque central. On en apprendra plus lors du Free Walking Tour de la ville.
Le soir, on retrouve Lauriane, une voyageuse française qui a décidé de poser ses valises au Nicaragua après être tombée amoureuse du pays ! Elle connaît beaucoup de choses, notamment au niveau des manifestations de l’an passé. Elle nous explique que tout a commencé lors de l’incendie de l’Indian Maiz, une forêt stratégique pour la construction du canal du Nicaragua reliant l’Atlantique au Pacifique, un projet signé par Daniel Ortega avec une société chinoise. Quelques mois plus tard, le président, affaibli par la crise vénézuélienne et la baisse des petro-dollars, décide de diminuer les aides pour les retraites. Cette mesure sociale a été la goutte d’eau pour la population qui a lancé une série de manifestations, malheureusement réprimées par la violence par le gouvernement. La colère est alors montée du côté des étudiants, des retraités et d’autres catégories sociales. Pour contester les actions de la police, des barrages ont été montés dans de nombreuses villes, notamment León et Masaya. Aujourd’hui, on compte des centaines de morts et des milliers de disparus ou prisonniers. L’année 2018 a été une année de forte crise pour le pays dont il sort tout juste. Mais les conséquences sont bien palpables : la plupart des expatriés ont quitté le pays, abandonnant hôtels et restaurants. Les touristes, eux aussi, ont déserté. Le climat social s’est calmé, la sécurité est revenue mais l’ambiance générale reste morose. Quel dommage pour ce si beau pays dans lequel le tourisme commençait à percer !

Le lendemain, on a RDV devant l’office touristique pour le Free Walking Tour de la ville, une manière intéressante et peu onéreuse d’en connaître plus sur l’histoire du pays et de la ville. Dès qu’on peut, on essaye de passer par cette initiative car c’est pour nous une bonne manière de visiter une ville. Les guides sont très souvent passionnés et on apprend énormément de choses !

On commence sur le Parque Central, avec la cathédrale de León, réputée pour ses toits blancs, un tour au marché local et bien sûr les fresques murales retraçant les événements marquants de la ville.
C’est alors l’occasion d’en apprendre davantage sur l’histoire du pays, et quelle histoire ! On apprend le pourquoi et le comment de la révolution sandiniste (mouvement proche du communisme inspiré par Sandino, héros national) qui après 40 ans de dictature de la famille Somoza et 3 ans de guerre civile a libéré le Nicaragua en 1980. Aujourd’hui, Daniel Ortega, président du pays, est un ancien sandiniste, copain avec Cuba et le Venezuela. Il a permis au pays de croître économiquement et a mis en place de nombreuses mesures sociales favorables au peuple, notamment la construction d’écoles dans des coins reculés, la rénovation des routes, l’accès à la santé, etc. Malheureusement, depuis quelques années et particulièrement l’année dernière, il semble avoir perdu la confiance de la communauté internationale après des élections régionales truquées…

On termine le tour dans un coin à l’ombre, à peine cachés. Notre guide tient à nous expliquer sa version des événements passés l’an dernier. Il dénonce fortement les actions du gouvernement et notamment la violence sévit par la police. Il nous explique que plusieurs de ses amis ont été emprisonnés et certains sont encore cachés dans les montagnes. Aujourd’hui, il est interdit de brandir le drapeau du Nicaragua dans les rues ou chez soi sous peine d’emprisonnement. C’est considéré comme un acte terroriste. Seuls les drapeaux du FLSN, parti au pouvoir, sont autorisés. On comprend que la situation apaisée, certes, mais pas encore rétablie.
On a apprécié cette prise de parole qui traduit une marque de courage au regard du contexte politique actuel du pays.

Après avoir passé 2 heures passionnantes, on continue la visite de la ville en allant visiter le musée de la révolution. Pas sûrs qu’on ait le même son de cloche concernant les manifestations là-bas ! :p On est accueillis par un ancien combattant sandiniste qui a à cœur de nous raconter son histoire. Une visite émouvante bien que partiellement biaisée !

On est sur les rotules quand on entre dans LA boulangerie de la ville et qu’on tombe sur… Lauriane ! Elle est accompagnée de 2 autres françaises, en voyage aussi. On déjeune tous les 5 en dégustant de bons sandwiches et autres pâtisseries de notre belle France ! Hummmm !

On termine la journée en allant visiter la cathédrale. Elle est réputée pour ses toits blancs qui dominent toute la ville. Pour y accéder, on doit d’abord s’acquitter du droit d’entrée à la « billetterie » située à l’arrière de l’église : 3$/personne. Puis on entre sur le côté gauche et on monte une série d’escaliers. En arrivant en haut, on découvre cette toiture immaculée blanche et les quelques dômes qui s’y dressent. Au loin, on aperçoit la chaîne de volcans qui entourent León. C’est superbe !
On quitte León après 3 jours passés dans l’ancienne capitale. On a beaucoup aimé ses belles demeures coloniales, ses rues pavées et ses églises. Malgré les récents événements, la vie locale reprend peu à peu ses droits ! On l’a d’ailleurs trouvée bien plus vivante que sa grande rivale Granada. Peut-être dû à son côté universitaire ?

Une nuit sous les étoiles du volcan Telica
León, situé au pied de la « ceinture de feux du Pacifique », fameuse chaîne de volcans d’Amérique Centrale, est idéalement placé pour partir à l’assaut des volcans. Nous choisissons d’aller grimper le Volcan Telica avec Federico, le guide que nous a conseillé Lauriane. C’est un Franco-Nicaraguyen-Guatémaltèque, pas courant hein ? 😉

On a RDV sur le Parque Central (je crois qu’on se donne tous RDV ici !) avant d’avaler en voiture la centaine de kilomètres qui nous sépare de l’entrée du volcan. Il parle parfaitement français et semble très calé sur la volcanologie : on sent vite qu’on a fait le bon choix ! Il nous met rapidement l’aise et on commence à parler de tout, et notamment de la situation du pays, préoccupation majeure des habitants aujourd’hui. C’est super intéressant d’avoir le ressenti d’un Nica qui a assez de recul pour pouvoir analyser les événements. Selon lui, Ortega n’est pas un fou et a mis en place plein de belles choses pour le pays ! Bref, ce n’est pas tout blanc tout noir comme on veut bien l’entendre dans les médias.

Mais revenons à ce qui nous intéresse aujourd’hui : le volcan Telica. On dépose la voiture à l’entrée du parc, annoncé seulement par un panneau et une cabine où l’on paye le droit d’accès, et on se répartit les poids. Eh oui, il faut porter les tentes, les couvertures, l’eau et la nourriture. Heureusement que la montée est facile et ne dure qu’une heure. Les paysages sont désertiques, c’est superbe ! Au bout de 45 minutes, on aperçoit le cratère du Telica. Immense et grand ouvert en son centre, les fumerolles de soufre s’en échappent. Il est assez impressionnant !
Après avoir monté les tentes, on part admirer la chaîne de volcans environnants. Au loin, on aperçoit le plus majestueux, le volcan Santiago. Les lueurs du soleil commencent doucement à décliner et on admire le spectacle tous les 3. Un moment unique où l’on se sent seuls au monde ! Et c’est le cas de le dire étant donné qu’on est tous seuls ce soir ! Federico nous informe pourtant que quelques mois plus tôt, l’endroit était bondé de touristes. Il était difficile de se faire une place pour camper. Aujourd’hui, après les manifestations de l’année dernière, les touristes ont déserté le pays et on se retrouve seuls dans la plupart des lieux touristiques ! Une aubaine ? Plus ou moins car l’ambiance générale est quand même bien (trop) calme.
Il fait nuit noire quand nous redescendons au camp de base. On se place autour du feu pour dîner. Federico nous a concocté une quiche maison accompagnée d’une salade ! On se croirait chez nous (bien qu’on en ait pas mangé depuis des mois ! :p) ! Pour le dessert, on a même droit à une tarte chocolat et caramel au beurre salé ! Un vrai délice ! On sent qu’il aime les bonnes choses de la France et ça ravit nos papilles ! Au dessus de nous, des étoiles par milliers. Aucune pollution lumineuse. Aucun bruit autour à part le crépitement des flammes. Quel bonheur !

Le lendemain matin, après une nuit très venteuse sous tente, on s’extirpe de nos sacs de couchage pour aller admirer le lever du soleil depuis le volcan. Les couleurs sont superbes, on devine petit à petit la chaîne de volcans qui nous entoure. C’est magique ! Mais les photos valent mieux que les mots, alors on vous laisse en prendre plein les yeux ! 😉
On redescend ensuite pour le petit-déjeuner. Federico, en guide expert et très attentionné, a prévu du café, du pain et de la confiture ! Humm, de quoi prendre des forces avant de rentrer.

Tips León :
  • On vous conseille de faire le Free Walking Tour de la ville pour en connaître davantage sur l’histoire du pays. Il est très intéressant !
Bonnes adresses León :
  • Boulangerie « Pan & Paz » : une boulangerie française comme on les aime avec éclairs au chocolat, tarte au citron, sandwich baguette, etc. Un vrai régal !
  • Hostel « Tortuga Booluda » : une auberge propre, située à 2 pas du Parque Central. On a apprécié la petite piscine et la cuisine toute équipée ! Les petits dej sont aussi excellents ! Bonne ambiance backpack !
  • Stand de rue : derrière la cathédrale, vous trouverez 2 stands de rue. Un bon moyen de manger local et pas cher !